A propos des déchets toxiques à Abidjan !
Nous avons lu avec amusement l’article de Monsieur Abdoulaye Villard Sanogo intitulé : « Ça me révolte: 6,5 milliards FCFA. ». Et nous allons être franc avec vous, nous sommes outré et aussi révolté par le cynisme de ce journaliste face à la souffrance des ivoiriens.
Monsieur Sanogo demande pourquoi il n’y a pas eu d’appel d’offre pour délivrer le contrat de ramassage des déchets toxiques que votre cher journal n’a eu le courage de révéler et de dénoncer que sur le tard. Nous n’allons pas entrer dans un débat économico-politicien, mais nous ne savons pas dans quel quartier de la ville d’Abidjan est hébergé le siège de votre journal « Notre voie », nous ne savons non plus, quel quartier vous habitez personnellement autant que vous êtes, vous journalistes de « Notre voie », mais veuillez comprendre que les habitants voisins des lieux intoxiqués n’ont plus rien à foutre, que d’autres gens après ceux qui les ont intoxiqué, veuillent perdre du temps à s’écheveler encore des mois, à chercher l’heureux bénéficiaire, des fameux milliards de ramassages alors qu’ils souffrent, alors qu’ils se meurent.
Nous qui habitons et avons nos parents vivant dans ce cadre, exposés et indisposés, chaque seconde que Dieu fait, nous nous étonnons et nous sommes outrés par autant de cynisme venant d’un individu comme vous se disant journaliste d’un quotidien très pro-gouvernemental voyant des compromissions et des arrangements entre amis partout ; même quand la logique et la morale et in fine le réalisme l’interdit. Le problème aujourd’hui, cher journaliste, n’est pas de savoir le sexe des anges de ceux qui viendront faire le travail de nettoyage et de décontamination. Le problème est de savoir au plutôt quand les ivoiriens que nous sommes, qui n’ont rien demandé, pourront respirer l’air pur qui leur manque ces derniers mois, mais aussi depuis 6 bonnes années. Si vous pouviez faire ce travail de nettoyage et de décontamination vous-même, nous vous aurions acclamé à moins que vous ne vouliez d’une seconde société Tommy pour faire ce travail ? Puisque c’est décidément l’argent qui vous intéresse comme eux et non la vie d’hommes, de femmes et d’enfants.
Il ne s’agit pas de construire un Hôtel 5 étoiles, un lieu de villégiature ou un pont à péage à Abidjan ; il s‘agit quand même de sauver des vies humaines.
Cher Monsieur Sanogo, officiellement 7 personnes sont décédées et quelques milliers d’autres personnes intoxiquées, beaucoup d’autres indisposées. Nous osons croire qu’à vos yeux, la vie malheureusement de ceux qui sont morts ne coûte pas 7 milliards, même pris individuellement, ce qui ferait 1 milliard par tête de mort.
Accepterez-vous, de mourir Monsieur Villard Sanogo pour 1 milliard de F Cfa, si tel était le prix de la vie ?
Nous osons deviner d’avance que vous n’oserez franchir cette limite si on veut objectivement suivre votre logique, jusqu’au bout.
Certes la Côte d’Ivoire est en crise mais la crise n’explique pas tout, et elle n’excusera pas, à notre sens, la mise à l’écart de la bonne plume et du discernement au profit de l’indécence même, pousser au rang d’art, en mettant à nu la cécité intellectuelle de beaucoup d‘entre nous, ivoiriens.
Nous comprenons finalement tout de votre métier de journaliste, c’est un métier dans lequel chaque acteur- journaliste qui a toujours faim, pousse sa gueule, en étant honoré selon la sortie tonitruante, payé au coup de bec qu‘il est. Nous avons jusque là, pensé que le journalisme était un métier noble. La presse ivoirienne dans son ensemble, érigée en chapelle d’applaudimètres de leurs prêtres réciproques nous convainc chaque jour davantage que trop de cela. Continuez donc sur vos « gouffres amers » ; nous osons croire et espérer que les odeurs toxiques d’Abidjan qui ne trient assurément pas ses victimes vous réveillerons de votre torpeur. Bien à vous.
Koffi-Yao Artiste-plasticien ivoirien.