Une ONG française est dans le collimateur des autorités tchadiennes... Neuf Français, qui s'apprêtaient à faire partir illégalement d'Abéché (est du Tchad) 103 enfants originaires de la province soudanaise du Darfour et du Tchad, ont été arrêtés jeudi par les autorités tchadiennes. Ils sont soupçonnés de "trafic d'enfants" et ont été placés en garde à vue à Abéché, dans l'est du pays, a confirmé jeudi soir le secrétaire d'Etat tchadien à l'Intérieur.

Parmi les Français arrêtés figurent 8 membres d'une organisation non-gouvernementale française à l'origine de l'opération, baptisée "Children Rescue", et un journaliste. Cette ONG, Arche de Zoé, est une petite association qui avait annoncé en juin une opération controversée d'évacuation de 1.000 enfants du Darfour, "pour les sauver d'une mort certaine" et les faire accueillir par des familles françaises.

Enquête à Paris également

"Nos services ont demandé aux membres de l'ONG s'ils avaient des papiers pour emmener les enfants à l'étranger, et ils n'en avaient pas. On ne peut pas emmener des enfants à l'étranger comme ça", a estimé le ministre. Il a précisé qu'il était difficile dans l'immédiat de connaître l'origine exacte des enfants, présentés par l'association française comme des orphelins du conflit du Darfour, au Soudan voisin.

Paris a dénoncé jeudi "avec fermeté" l'opération d'une association française et le parquet de Paris avait ouvert mardi (avant l'arrestation des 9 Français) une information judiciaire contre X visant les activités de l'Arche de Zoé. L'enquête judiciaire, confiée à un juge d'instruction du TGI de Paris a été ouverte "dans le contexte d'une dénonciation laissant penser qu'une association allait se livrer à une activité d'intermédiaire dans le domaine de l'adoption sans autorisation", a-t-on précisé.

Evacuation sanitaire ou enlèvement ?

Les 103 enfants, âgés de 3 à 8 ans, "enlevés" à la frontière tchado-soudanaise et "sur le point d'être acheminés à Paris", sous prétexte d'"évacuation sanitaire en direction de Paris", ont été récupérés jeudi matin par la police d'Abéché avant leur embarquement, a rapporté la radio publique tchadienne. Mais, selon la radio, "ces enfants ne sont pas du tout malades, ils (les responsables de l'ONG) ont bandé leur tête et pieds pour donner l'impression que ces enfants sont malades".

La police a empêché leur avion de quitter le sol tchadien et les enfants ont été confiés à un centre social de la ville, sous la protection des autorités locales. Cet avion était attendu à l'aéroport de Reims-Vatry, à quelque 160 km à l'est de Paris, où une cinquantaine de familles d'accueil étaient rassemblées jeudi en fin d'après-midi.

2.800 et 6.000 euros pour recevoir un enfant

Des membres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) sont allés voir les enfants dans le centre social. "Les enfants ont eu peur, sont très choqués, mais ont l'air en bonne santé", a affirmé une porte-parole du HCR au Tchad, soulignant qu'ils avaient besoin "d'eau, de lait, de nourriture". Selon elle, ces enfants sont âgés de un à 9 ans, mais la majorité ont entre 4 et 5 ans. "Demain, avec l'Unicef, nous allons vérifier d'où ils viennent et comment ils sont arrivés là", a-t-elle expliqué.

Les enfants venaient "très probablement" en majorité du Darfour, et "sans doute aussi du Tchad", où sont installés de nombreux camps de réfugiés originaires de cette région soudanaise, a précisé une source diplomatique à Paris. Selon cette même source, quelque 300 familles, principalement françaises, ont versé entre 2.800 et 6.000 euros pour recevoir un enfant. La radio française Europe 1, qui a révélé l'information, a affirmé que les enfants auraient été enlevés au Soudan puis transportés au Tchad dans le cadre d'un "trafic" d'adoption. "Il ne s'agit pas d'un trafic d'enfants. Le but de cette opération était de sauver des enfants de la mort", a déclaré une mère de famille qui s'était portée volontaire pour accueillir un enfant en France.